Les métiers disparus

 

Un document trouvé aux Archives Départementales du Bas-Rhin m'a permis de reconstituer une liste de métiers ayant existé jadis. Ainsi, au XVIII, on pouvait trouver dans notre petit village:

          Un SCHULTHEISS: le Prévôt. Le Schultheiss était à la fois l'homme d'affaires du seigneur et le représentant du gouvernement. Il veillait à la police locale, à l'entretien des chemins communaux et gérait les finances de la commune. Après sa prestation, le seigneur lui remettait der Stab, le bâton, insigne de sa charge.

          Un HEIMBURGER: le Collecteur. Il était chargé de la perception des impôts qu'il versait par la suite entre les mains du bailli.

          Un GERICHTS LEUTH:  le Juré: il prêtait serment devant le bailli, et formait avec d'autres, sous la présidence du Schultheiss , la justice et le conseil de fabrique de la paroisse, parce qu'autrefois la communauté des habitants et la paroisse se confondaient.

          Un HEILIGENPFLEGER: le Marguillier. Il jurait fidélité et dévouement à l'église, au bailli et au prévôt. Son serment lui permettait de maintenir et de défendre les droits de l'église, d'en soigner la recette et la dépense, de s'occuper de l'entretien du bâtiment, de veiller avec l'aide du sacristain au trésor de l'église.

          Un SPEND MEISTER: le Trésorier des aumônes: comme son nom l'indique, il était chargé de gérer l'argent destiné aux pauvres. Il devait en faire la répartition suivant des règles bien définies. Les enfants qui ne suivaient pas d'instruction religieuse se voyaient, par exemple, diminuer cette aumône et parfois refuser.

          Un FAHNEN TRAGER:  il était chargé de porter la croix et les drapeaux lors des processions religieuses, comme par exemple, lors de la Fête-Dieu.

          Un KIRCHEN KLINGER: le Sonneur: autrefois, chaque bourgeois devait sonner à son tour les cloches des orages et des tempêtes, après que le marguillier en avait donné le signal. Le tour de chacun était marqué par la remise de la clef du clocher.

          Un BANNWARTH: le Garde champêtre: c'était l'officier tenu de garder le ban et de veiller aux grains et aux fruits des champs, pour qu'ils ne soient pas endommagés par des bestiaux, entre autres.

          Un BOTT: l'Appariteur: il était chargé d'informer, de transmettre des courriers. Celui-ci, d'après quelques récits, a existé jusqu'en 1989.

Mais bien d'autres métiers étaient présents dans notre village, certains même il y a encore quelques années. Aussi les témoignages de ma Mamama m'ont appris l'existence d'un forgeron. Celui-ci a disparu, notamment quand les chevaux de traits ont été remplacés par les premières machines agricoles. De même pour le charron, qui était l'artisan chargé de réparer ou de fabriquer des chariots, des charrettes. J'ai également appris qu'au milieu du XX, il y avait plusieurs boulangers. Ceux-ci ont également disparu, la population du village n'étant pas assez rentable pour un commerce seul. Cependant, durant de longues années, deux épiceries ont encore servi de dépôts de pains, provenant des boulangers des environs. Ces deux commerces étaient des haut-lieux de la vie du village. En effet, c'est là que s'échangeaient les nouvelles récentes et les derniers commérages...

Actuellement encore, il n'y a qu'un simple dépôt de pains, ravitaillé par le boulanger de Westhouse. Lors de leur départ en retraite, Mmes Dreyfus et Freyther, n'ayant pas trouvé de relève, ont donc mis un terme à leur activité. A noter qu'il y avait aussi très longtemps dans le village deux restaurants: A la Couronne et A l'Etoile.

Le premier établissement, construit en 1880, a été exploité par M. Fritsch Auguste comme bistrot local. Sa fille, Anna, reprit l'exploitation jusqu'en 1939. Ensuite, ce fut au tour d'une locataire, Mme Voegel, de s'en occuper durant les années d'après-guerre. En 1950, la maison est achetée par M. Mosser Edouard qui continua à gérer le bistro. C'est finalement en 1968 que la maison prit une nouvelle destinée: dans un style Ranch, la Couronne est devenue un lieu de rencontre de toute la région pour déguster tartes flambées, pizzas et petits plats maison, tout ceci dans un cadre très chaleureux. Fin 1985 sonnait l'heure de la retraite et la maison fut transformée en habitation, où résident toujours M. et Mme Mosser.

La mairie racheta quelques années plus tard la licence IV, permettant ainsi, à ceux qui le désirent de prendre le traditionnel apéritif, après la sainte Messe du dimanche. Le rachat de cette licence a été surtout fait dans le but de permettre à un éventuel acquéreur de rouvrir dans le village même, un nouveau Stammtisch!

L'autre restaurant, dont personne n'a pu m'indiquer la date d'ouverture, était tenu par Joseph Strubde 1947 à 1970. Durant la Seconde Guerre Mondiale, les Allemands ont obligé le propriétaire à fermer, bis zum Endsiege. Faisant plutôt office de brasserie, l'Etoile était ouverte tous les jours, puis uniquement le dimanche. Détenteur lui aussi de la licence IV, le patron pouvait ainsi servir des alcools forts.

                                                               Marie NOLD